Le choc culturel du Japon

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Il y a un mois, je vous mettais par écrit le pourquoi de mon retour précipité en France mais sans vraiment rentrer dans les détails (“Et sinon, tout va bien à Tokyo ?“). Maintenant, après 3 mois et demi au sein de ma famille, je peux enfin vous écrire la suite et vous parler de ce a quoi j’ai été confronté durant mes 3 premiers mois et qui a fait que j’ai ressenti ce mal de pays.

Je ne suis pas partie avec une idéalisation du pays. Je sais faire la différence entre l’idéal et la réalité. Il y a toujours un “envers du décors” pour chaque pays. La société japonaise n’est pas plus mirobolante qu’une autre, elle a ses avantages et ses inconvénients. Mais le choc entre la culture européenne et japonaise est bel et bien la. Et cela se ressent au quotidien. Je ne dénigre en rien le japon et sa façon de vivre mais ce qui m’interpelle le plus sont les irritations de la vie de tous les jours. Que je peux ressentir envers mon fils ou moi quand on est que tous les deux (avec mon mari cela n’arrive pas …), des petits tracas ou des gros ressentis qui te font remonter dans le temps et que tu ne pensais jamais de ta vie le ressentir …

Voici quelques problèmes récurrent que j’ai pu voir ici, certains vont vous faire rire d’autres moins :

  • Le port du débardeur. Si vous venez vivre ou juste visiter l’archipel, sachez qu’ici les débardeurs sont des habits pour dormir … Si vous en portez dehors, cela s’apparente un peu à se retrouver nue devant une horde de japonais. Il y a eu des remarques, des regards désapprobateurs … ce qui peut vraiment sembler ridicule quand on voit la taille de leur jupe … Je trouve cela plus provocateur qu’un simple débardeur qui pour moi ne doit pas être caché sous une chemise ou t-shirt.
  • Pas de volets aux fenêtres. J’avoue que celui ci n’est pas d’une grande importance mais si comme moi, on est habitué à dormir dans le noir total ça peut dépayser. Il faut savoir qu’au Japon, le soleil se lève tôt, mais genre très tôt … 4h30. Alors oui, vous allez me dire “Tu n’as qu’à mettre des rideaux occultant”. C’est ce que l’on a fait. Mais il faut savoir que l’on ne peut pas mettre les rideaux exactement où l’on veut. C’est à dire qu’ils ont mis les tringles coulissantes tellement loin de la fenêtre que même tirés, la lumière passe …
  • Trop de politesse. La politesse et le respect sont des valeurs fondamentales au Japon et ils l’apprennent dès leur plus jeune âge. Alors oui, on trouve ça plaisant au début. On se demande même pourquoi ce n’est pas comme cela chez nous. Il existe, sans mentir, des dizaines d’expressions de politesse et de respect qui varient suivant le contexte ou la nature d’un interlocuteur (age, profession …) et cela en devient, à mon sens ridicule. C’est tellement automatique que l’on se demande presque si elle a un sens et si elle est véritablement sincère. Alors oui, la politesse n’a jamais tué personne (encore heureux) mais à la longue je peux vous dire que ça use.
  • La culture de l’excuse et la difficulté à dire non. Cela rejoint un peu le point de l’hyper-politesse. Le respect d’autrui en public étant primordial, il est très important d’éviter l’embarrassement ou le sentiment de honte au maximum. Si un japonais ne dit pas non ou s’excuse à longueur de temps pour un oui ou pour un non, c’est pour ne pas vexer son interlocuteur. (Exemple avec mon groupe de mamans japonaises : un jour on se retrouve toutes devant l’immeuble de la crèche et là, je demande à quelques unes de se retrouver au parc pour manger avec les enfants. On me répond “Oui Oui”. Donc on va se préparer chacune chez soi. Et là, je reçois un message sur LINE d’une des mamans qui me dit que finalement elle ne pourra pas car elle ne se sentait pas très bien et qu’elle resterait à la maison. OK c’est pas grave. Je rejoins donc les autres. Et en rejoignant le parc, je surprend cette même maman au salon de coiffure/manucure … Et quand j’en ai parlé aux autres, elles ont trouvé ça normal).  En tant qu’occidentale, je n’ai pas l’habitude de ces manières, si je n’ai pas envie ou que je ne veux pas, je le dis clairement. Cela n’a pas pour but de “vexer” mais quand on est indisponible je préfère le dire pour ne pas faire espérer ou attendre pour rien.
  • L’absence d’anglais. Depuis ma plus tendre enfance (et scolaire), on m’a toujours dit qu’il fallait savoir parler anglais couramment pour pouvoir échanger avec le monde entier. Étant d’une famille espagnole, ma première langue à l’école a toujours été l’espagnol … J’ai donc appris plus tard l’anglais en approfondissement au lycée. Et d’autant plus, ces 13 dernières années avec le mari (qui lui est totalement bilingue) en voyageant à travers le monde. Je ne le parle pas aussi bien, je fais encore des erreurs et je bute sur certains mots/expressions mais ça va je me débrouille. C’est plus ma timidité qui fait que je bloque parfois. En arrivant au Japon, ne parlant pas du tout le japonais, je me suis dis “chouette” je pourrai quand même me faire comprendre avec la langue de Shakespeare. Eh bien c’est raté. Très peu de japonais parle cette langue ou ne font pas l’effort de comprendre. Et même quand on leur parle japonais. “Je voudrais une bouteille d’eau” (私は水のボトルが好きです), une phrase que j’ai répété et appris plusieurs fois avec une maman japonaise, on arrive à me sortir “No english” … WHAT THE FUCK ???? Ça décourage un peu 🙁
  • L’été japonais. Venant du sud, je suis habituée aux grosses chaleurs, environnant les 30-35 degrés. Une chaleur bien sèche de chez nous. Au Japon, il y fait aussi chaud, si ce n’est même plus mais … le taux d’humidité dépasse les 80%. Autant vous dire que mon corps n’a pas du tout aimé :s Tu prends ta douche le matin, tu sors et 2h après, tu es trempe. Tu as l’impression d’être une glace qui fond au soleil, de mourir. Même quand il n’y a pas de soleil oO
  • La surconsommation, marketing à outrance, l’uniformisation du service, le suremballage. Au japon, surtout Tokyo, on va essayer de vous vendre tout et n’importe quoi. Tout est fait pour que vous dépensiez votre argent. Ecrans géants, publicités monstrueuses, hauts parleurs, musiques, vendeurs à la criée, prospectus, échantillons … Et ce, sur n’importe quel support et bien sûr, tout en restant かわいい (kawaii). Les magasins ouverts h24 ne sont pas fait pour vous aider 😉 Et si vous succombez à la fièvre acheteuse, vous vous rendrez vite compte que le client est roi mais que le service (quel que soit l’enseigne) n’a aucune personnalisation. Tout est tellement en mode “automatisme” que vous aurez l’impression d’avoir à faire à des robots. Vous aurez aussi droit à de multiples いらっしゃいませ (irasshaimase, bienvenue) en entrant dans les magasins criés sans réelle volonté de vous accueillir mais plus à répétition (fait testé dans plusieurs magasins ou je suis repassée je ne sais combien de fois devant les vendeurs et c’était toujours le même ton, voix …).
    Et si vous comptiez protéger la planète, passez aussi votre chemin. Ce n’est pas au Japon que vous commencerez. Très souvent ici, les produits sont vendus à l’unité (fruits, légumes, viandes, lessive …) déjà emballés et à la caisse on vous l’emballera encore dans d’autres multiples emballages et on vous donnera encore des emballages pour les emporter (et un sac de rechange, au cas ou qu’avec tout ça, ça craque). Bon, il existe de multiples solutions de recyclage, et des poubelles pour tous types de déchets. Mais serait-il pas mieux dès le départ d’en donner moins et de réduire tout ce gaspillage ??? Bref …
  • Le “Complexe du Gaijin”. Terme que j’ai appris il y a peu mais en gros cela s’explique par : “un sentiment d’inconfort et d’embarras qu’un japonais peut ressentir lorsqu’il est confronté à un étranger”. Et pour ma part, ce fut ce point la qui m’a le plus posé de problèmes et surtout d’incompréhensions. Je vais m’expliquer avec des exemples concrets qui me sont arrivés de manières quotidienne.La première expérience fut dans une crèche “gratuite”. J’ai demandé des informations en anglais ET japonais. Blanc total. Aucune réponse. on m’ignore. Mais par contre, on répond à la japonaise derrière moi arrivée après moi. Alors soit, je me dis que c’est moi qui m’y suis mal prise ou je ne sais pas. Je laisse passer. Je vais donc voir dans une autre et là, tout se passe bien. Enfin du moins pendant la première semaine. Je me rend compte que quand j’arrive avec MiniDino, certaines mamans qui sont arrivées à peine 5 mn avant moi, repartent. Certains enfants viennent vers Liam, pour jouer avec lui ou juste être avec lui. Je laisse faire, c’est le but aussi pour lui de se faire de nouveaux copains 🙂 Mais au bout de 10-15 mn, je vois les mamans reprendre leurs enfants et les obliger à jouer avec les autres enfants japonais. J’avouerai que sur le coup je n’ai rien dit, lui ne se rendant pas compte de la chose mais se retrouvant seul au final, mais mon cœur de maman s’est brisé en voyant cette scène. C’est devenu assez récurent par la suite, dans d’autres crèches, parcs, lieux public pas tous les jours heureusement mais au moins 3-4 fois par semaine (sachant que l’on va le matin et l’aprem au parc ou crèche). Par contre, quand je suis avec le mari, ou lui avec le petit, nous n’avions plus ces comportements.Il y a eu aussi le moment d’aller se renseigner sur les crèches. Il y en a au moins une dizaine dans notre quartier (publiques ou privées). Je savais que ça allait être dur de trouver une place (je vous ferai un article dessus plus détaillé) mais je ne m’attendais pas du tout au genre de discours que l’on m’a tenu … J’ai eu droit : “Vous n’êtes pas japonaise” “Vous travaillez en freelance ? Alors vous pouvez garder votre enfant” “Vous avez les grand-parents pour le garder” “il faut que ce soit votre mari qui vienne” … Et certaines me voyant arriver me faisaient simplement “non” de loin avec les mains … Je vous avoue que là, je riais “jaune”.Puis un beau jour, j’ai eu une belle rage de dents … Et j’ai reçu à ce moment là, une grande claque dans la figure. Pendant 5 jours, j’ai fait les dentistes du coin. Une dizaine par jour à peu près (sachant qu’au Japon tous les 500 mètres, vous trouverez un dentiste) avec un MiniDino super compréhensif, qui ne s’est pas plaint une seule fois d’attendre ou d’être trimbalé à droite et à gauche. J’ai demandé (en japonais et pas en anglais) si je pouvais prendre rendez-vous maintenant ou dans les jours qui venaient. La seule réponse que j’ai eu ce fût “Vous n’êtes pas japonaises donc on ne peut pas”. Incompréhension complète. J’ai eu beau leur montrer ma carte de résident ainsi que ma carte d’assurée et autres papiers prouvant que javais droit à des soins comme n’importe qui résidant au Japon, que je pouvais même payer s’il le fallait. Pendant ces 5 jours, plus je cherchais et plus les portes se fermaient devant moi. J’étais vraiment à bout de nerfs et la rage de dents empirait. J’ai fini par trouver un dentiste anglais/japonais qui m’a prise en rendez-vous dans les 10 mn. Je lui ai expliqué tout ce qui c’était passé dans les autres cabinets dentaires … Et il a fini par me dire qu’ici c’était “normal” ce genre de comportement envers les étrangers. Que 90% de sa clientèle était “étrangère” à cause de ça. J’ai eu l’expérience du métro bondé. Une place libre à côté de moi, personne s’y assoit, reste debout. Jusqu’à ce qu’une place libre se libère un peu plus loin. Mais toujours personne à côté de moi. Il y a aussi eu la fois ou j’ai du aller à la mairie aussi et la j’ai eu droit au tirage à la courte paille devant moi, pour savoir qui allait s’occuper de moi …

Tout ça n’explique pas à 100% mon mal de pays qui est apparu mais il y a contribué grandement. À rajouter à tout ceci : famille & amis à 10 000 km, ne pas avoir de job, avoir le petit h24, ne pas avoir ses chats , ne pas avoir ses affaires personnelles… et finir par réaliser que l’on vit bel et bien à l’autre bout du monde.

Mais je vous rassure, le Japon m’a surprise de bien de façons (je le réalise vraiment depuis que je suis partie) et je vous en parlerai lors d’un prochain article … Celui là étant déjà bien long 😉

Merci à toi qui a lu jusqu’au bout ^^

6 Commentaires

  • J’ai dévoré ton article. 🙂
    J’aime beaucoup en savoir plus sur les autres cultures, même si parfois, ce n’est pas tout rose.
    Et j’avoue que j’ai été assez choquée avec le dernier point.
    Avant de me dire que, en France aussi, il y a des gens victimes de cette sorte de “racisme”, et c’est bien triste. 🙁

    Le Japon est un pays qui m’intéresse, parce qu’il est très différent de ce que je connais.
    J’aimerais beaucoup le visiter. 🙂

    Mais pour y vivre, j’imagine qu’il y a un vrai temps d’adaptation, avant de profiter pleinement de tout ce qu’il y a d’extraordinaire dans une telle expérience. 🙂
    Louise Grenadine Articles récents…Le motif prince de galles pour l’automneMy Profile

  • Yelena dit :

    Wow l’accueil qu’on t’as fait est hyper violent ! Tu sais si c’est typique des villes d’une certaine taille ? Ou ça se retrouve partout ? Normal d’avoir été secouée, surtout si avec ton mec yavait aucun soucis … J’avais beaucoup entendu parler du racisme des japonais (encore plus violent quand il s’agissait de personnes noires) et c’est vrai que ça rend l’installation hyper difficile, surtout quand on a un enfant. PArce qu’au final, sans ça, tu aurais peut-être mieux supporter toutes les autres différences (faut croire que les volets c’est typiquement français, pleins de pays en europe n’en ont pas non plus 😮 ) car tu aurais pu partager ça avec quelqu’un, et même en rire. Difficile de rire seule.

    Beaucoup de courage et de détermination pour ce retour, j’espère que tu trouveras des gens compréhensifs et ouverts.

  • Manue dit :

    Je ne savais pas du tout pour le port du débardeur, à vrai dire je n’ai même pas fait attention que personne n’en portait ! Et c’est vrai qu’ils ont un truc avec la politesse, c’est assez marrant quand on voit ça de l’extérieur mais c’est vrai qu’à le vivre tous les jours ça doit être différents. Et tu as raison dans ton raisonnement, à force de le répéter h24 ça peut manquer de sincérité.
    Lors de mon voyage on a pu se débrouiller qu’avec l’anglais, dans les hôtels et magasins (dans les endroits touristiques) on arrivait à se faire comprendre. Mais j’ai aussi beaucoup entendu qu’il ne parlait pas l’anglais donc j’imagine qu’on a eu de la chance. Le peu de fois qu’on a interpellé des gens dans la rue (on choisissait plutôt des jeunes personnes) il parlait un peu anglais. Après on se débrouillait plus avec internet. Atterrir dans un pays où on ne parle pas ou peu la lange ça doit être très compliqué !
    Je trouve ça dingue cette histoire avec la maman qui n’a pas osé dire non. C’est vraiment le genre de truc qui ne se fait pas du tout chez nous, ça a dû faire un drôle d’effet que les autres mamans trouvent ça normal o_o. Elle aurait au moins pu te dire la vérité par message, pas inventer un autre mensonge, la politesse à ses limites tout de même ^^’
    La chaleur est en effet horrible, je n’ai jamais autant transpiré de ma vie et je me suis demandé comment ils arrivaient à s’habituer à une chaleur avec une humidité pareil. C’est insupportable, je te souhaite plein de courage pour ça haha.
    Le suremballage est quelque chose qui m’a fait tilte aussi, j’ai halluciné de voir des fruits emballé individuellement, mais pourquoi ?! Je ne suis vraiment pas écolo ou quoi mais ça m’a vraiment interloquée !
    Je comprends pourquoi tu as eu le mal du pays avec toutes ces histoires, c’est tellement affreux de se sentir autant rejeté parce que tu n’es pas Japonaise. C’est du racisme très assumé et je trouve ça terrible surtout pour des gens qui sont aussi attaché à la politesse etc. Ce n’est vraiment pas la même culture, la même façon de vivre.. J’espère que ton retour au pays se passera mieux, j’imagine qu’il faut prendre beaucoup de recul par rapport à tout ça. Ca doit être dur à accepter.
    Plein de courage à toi 🙂
    Manue Articles récents…Mes favoris du mois de septembreMy Profile

  • Te lire m’a donné la boule au ventre… surtout le dernier paragraphe, ça parait tellement lourd à supporter, j’aurai craqué moi aussi c’est certain, comment faire autrement! Tu es bien courageuse de vivre cette expérience et je suis sure qu’à force de persévérance, tu sauras “t’imposer” et amener les gens à te considérer autrement au fil du temps, et d’un autre côté t’endurcir pour mieux supporter ces attitudes. Quant à Minidino, c’est là tout l’avantage des enfants, ils s’adaptent. Je ne m’en fais donc pas pour lui. 🙂

  • Christine Chabanette dit :

    Bonjour,

    Un ami, dont la fille de 27 ans est actuellement au Japon où elle travaille dans un laboratoire de recherche, m’a raconté (presque) exactement ce que vous décrivez dans votre article. Cela semble difficile d’exister au Japon en tant qu’étranger et aussi en tant que femme. Il m’a raconté par exemple que sa fille n’avait pas pu prendre de taxi car elle était seule, non accompagnée par un homme (!). Dans son travail, elle se trouve également isolée, et en effet, quasiment personne ne parle anglais.
    En tous cas, bravo pour votre article et bon courage à vous.
    Christine

  • C’est vraiment abusé ce genre de comportements, surtout de voir que ça n’apparaît plus lorsque votre mari est là. J’aime beaucoup le Japon mais il y a encore beaucoup d’aspects du pays qui me déplaisent et qui vont à mon avis devoir changer dans les décennies à venir. Tout mon soutien pour ça et très joli blog 🙂 (Moi aussi j’ai du mal sans volets^^) A bientôt !
    Alex @ Nihonkara Articles récents…Les plats japonais que vous devez absolument goûterMy Profile

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